Persecución de homosexuales en los barrios “blacks” franceses

March 26, 2006

[Editado originalmente el 09.02.06]

Le Monde (www.lemonde.fr., online de pago) ha contado en detalle la persecución de homosexuales en la periferia de las grandes ciudades francesas.

Perseguidos, insultados, brutalizados, condenados a la clandestinidad, en los barrios pobres, con mayoría “black” y musulmana, muy mayoritariamente.


Este es el artículo:

Le tabou homo des cités

Mustapha Kessous

LE MONDE | 28.01.06 | 14h27 • Mis à jour le 28.01.06 | 14h27

La pénitence prend la forme d'une phrase pointue, aiguë, tranchante,
tristement… banale. "C'est qu'une tapette." Il se l'inflige, d'un ton
tout aussi… banal. "Oui, je suis une tapette. Et alors ?" Et alors ?
Djamel Haoua, 39 ans, est homosexuel. Et alors ? Il est né en banlieue.
Et alors ? "Je me fais tout le temps traiter de pédé."

Ses amis proches le surnomment "Djamila". Ça le fait rire. Dans sa cité
du Mas-du-Taureau, le quartier le plus chaud de Vaulx-en-Velin (Rhône),
situé à une largeur de périphérique de Lyon, Djamel est "le sale pédé".
Ça l'a fait fuir.
Djamel n'a pas le style "caillera". Il ne se perd pas dans un gros pull
à capuche. Sa démarche n'est pas rythmée au son d'une mélodie salace de
rap. Bien au contraire. Il assume son côté "efféminé", ses manières et
sa voix de "fofolle", son attitude "un peu bizarre", comme il aime à se
décrire, car, affirme-t-il, "on n'aime pas les homos là-bas".
"Je ne parlais à personne. Je ne fréquentais personne." On le soupçonne
d'en être "une". "Dans la rue, des jeunes d'autres quartiers venaient
me toucher la main en se moquant de moi. Les mecs de mon immeuble qui
connaissaient ma mère me laissaient tranquille." Aujourd'hui, il est
manutentionnaire et vit dans le centre-ville de Lyon. Mais c'est encore
"l'horreur. Ma mère m'interdit d'aller la voir quand la nuit est
tombée. On continue à m'insulter. J'ai une haine. Quand je croise des
jeunes, je suis obligé de changer de trottoir. Ça me brûle le coeur.
C'est comme une dépression dans ma tête". Une larme, et puis il lâche,
candide : "Pourquoi ils m'agressent ? Juste parce que je suis homo ?"
Il sait bien que oui. Tout comme Kemel Saroui. Lui se fait appeler
"Samantha", ancienne "tapin" lyonnaise. Encore une opération et il sera
un transsexuel, une… femme. Pour l'instant, c'est toujours Kemel, 44
ans. Il en fait, facile, dix de moins. Pull Lycra XXL, robe bouffante,
poitrine apparente, une pilosité en voie d'extinction. Kemel a grandi
rue du Roi-d'Alger, dans le 18e, un quartier populaire de Paris "bien
pire qu'une cité", assène-t-il. En entrant au collège, il se montre,
naïvement, nature, c'est-à-dire "extravagant". Il porte jean orange,
T-shirt moulant et "pompes" compensées. Il n'a pas encore 11 ans quand
un voisin abuse de lui. "Depuis, mes parents ne m'ont plus jamais fait
de remarques."
Les vannes de ses camarades de classe sur son côté délicat l'obligent à
changer de bahut. Il a 14 ans et découvre à peine son homosexualité.
Trois ans plus tard, commence le "calvaire", souffle-t-il. "Un jour, en
bas de chez moi, six voyous du quartier me bousculent, m'empêchent de
monter à la maison. Je suis à terre. Un d'entre eux me prend par les
cheveux : "Si tu veux pas qu'on te frappe, si tu veux qu'on te laisse
tranquille, tu nous suces !" On est allés à la cave." Très vite, ces
caïds installent un matelas dans la cave. Quatre ans durant. "Ils me
donnaient rendez-vous tous les samedis soir. Comme par hasard ! Ils
étaient frustrés de ne pas pouvoir sortir et draguer des filles. Alors,
ils s'attaquaient à moi." Kemel n'a pas le choix. "Je n'allais pas dire
à ma mère : "Je suis pédé et je suce pour avoir la paix !""
La paix ? En devenant leur "objet", "humilié", avec des "rapports pire
qu'avec un animal", Kemel trouve, paradoxalement, sa "tranquillité".
"Je pouvais m'habiller en "tapette". Et quand des mecs m'emmerdaient,
mes voyous s'interposaient." Parfois, certains d'entre eux "en manque"
venaient frapper à la porte. "Ma mère me disait : "Tiens, tu t'es fait
ami avec ces voyous". Si elle avait su…"
Le voisinage, pourtant, murmure. "Regarde ton fils !" Le père de Kemel,
pour tuer cette rumeur qui dure, ramène une cousine d'Algérie et dit à
son fils : "On va te marier, comme cela tu auras ta vie, tu auras ta
liberté." Kemel a 21 ans. Fin du "calvaire".
Jean-Luc Romero, secrétaire national du Parti radical, ancien de l'UMP,
activiste des droits des gays, affirme, sans hésiter : "L'homosexualité
est "le" vrai tabou en banlieue et dans les quartiers populaires."
SOS-Homophobie est l'une des rares associations à tenter de mesurer les
discriminations contre les gays et lesbiennes en France.
En 2005, pour la première fois depuis dix ans, un chapitre de son
rapport annuel est consacré à la banlieue à travers une trentaine de
témoignages recueillis sur sa ligne d'écoute (0-810-108-135). Fabrice
Soulage, un des responsables, explique : "Sans stigmatiser la banlieue,
les agressions physiques y sont 33 % plus importantes et violentes
qu'en ville, comme ce viol avec une batte de base-ball. L'agresseur a
entre 15 et 25 ans, agit en bande, il est sexiste, machiste, et
assimile le gay à un porc à éradiquer." SOS doit rendre publique, en
juin, une enquête plus complète sur l'homophobie en banlieue s'appuyant
sur 450 témoignages. Une autre est en cours sur la lesbophobie,
comptant 1 793 doléances comme celle-ci : "Je suis dans le collimateur
d'un groupe de jeunes de mon immeuble. "Nique les gouines" était
inscrit sur ma porte." Car les filles connaissent, elles aussi,
d'énormes difficultés. Ni putes, ni soumises recense, de son côté, une
dizaine de cas "d'agression, de stigmatisation, de problème avec les
familles".
Ce n'est pas le cas de Gabrielle G. Adhérente à Angel 91, association
homosexuelle des Hauts-de-Seine, ce bout de femme dans la cinquantaine
a toujours parlé ouvertement de sa préférence. Dans sa cité d'Antony,
elle affirme "ne pas se sentir rejetée ni insultée". Elle est plutôt
sévère : "Il ne faut pas s'isoler, mais s'ouvrir vers les autres. Sans
minimiser les difficultés en banlieue, le problème c'est la manière
dont les homosexuels se projettent. Ils provoquent. Quand on t'insulte,
tu ne réponds pas. La société n'est pas encore prête à nous accepter.
Il faut savoir se comporter sans choquer."
Sans choquer ? A Aubervilliers, dans le quartier du Pont-Blanc, les
jeunes ont plus ou moins le même regard sur l'homosexualité : "Si j'en
trouve un, je le pète" ; "Il y en a pas ici, ça se saurait. Ça se
remarque quand même" ; "C'est pas comme à Paris" ; "Ils font ce qu'ils
veulent, j'y peux rien, mais c'est contre nature". Alors, dans la cité,
souvent l'homosexuel se fait invisible. Sous pression de la bande, il
s'oblige à s'intéresser aux filles ; il est parfois même le premier à
lâcher "On va casser du pédé". La culpabilité le ronge aussi. Celle
d'être en totale contradiction avec les valeurs familiales, et surtout
à l'égard de la religion. Pour éviter la "honte", il se tait, s'attache
au silence. Chanceux, il se réfugie sur les sites Internet de
rencontres ou de chats gays et lesbiens, pour briser l'isolement.
Fortuné, il "s'exile" au Marais, l'emblématique quartier homo de Paris.
Sinon, aires d'autoroutes, bords de canaux, toilettes de centres
commerciaux font office de lieux de drague.
"Il y a un tel niveau de tabou sur la sexualité dans les familles
maghrébines. Il suffit que deux personnes s'embrassent à la télé pour
que les parents zappent de chaîne", raconte Nasser Ramdane, 33 ans.
Figure du mouvement lycéen en 1990, il a la bouille d'un ado, les
cheveux courts, bien dégagés sur les côtés, un visage affûté. Né dans
les bidonvilles de Nanterre, il a connu Rueil-Malmaison,
Rosny-sous-Bois, Noisy-le-Sec, dont il est conseiller municipal. Même
si, aujourd'hui, il se dit soulagé de ne plus "cacher son orientation
sexuelle", avant "ça ne passait pas. On a tendance à faire croire que
l'homosexualité est une perversion, une anomalie".
Quand il découvre sa préférence pour les mecs, il est à la limite du
dégoût. "On se nie. Je pensais être le seul rebeu homosexuel, que
c'était réservé aux Occidentaux. Je flippais car je croyais que
j'allais devenir une Zaza Napoli comme dans La Cage aux folles." Nasser
est isolé, cache sa condition aux amis, car dans la cité, "un village
urbain", tout se sait et tout le monde — les potes, les parents — tient
des propos homophobes. Quelques intégristes musulmans font même croire
que c'est l'Occident qui "rend homos" les jeunes. "Beaucoup se sont
barrés de chez eux car les parents étaient au courant. Et, pour
survivre, ils se sont livrés à la prostitution."
Nasser a la chance de militer, dès 16 ans, à SOS-Racisme, dont il est
aujourd'hui le porte-parole. Il ne traîne pas en bas de l'allée. Il
rencontre un "espace de banalité où, quand t'es homo, on s'en fout".
Malgré tout, il avait "l'angoisse qu'on le sache publiquement". Nasser
trouve n'importe quel prétexte "fallacieux" pour vivre sa sexualité à
l'insu de son entourage. Des excuses classiques mais efficaces : un
rendez-vous chez le docteur, une rage de dents, ou le coup de la
fatigue. "Cette double vie te pousse à avoir des relations furtives et
à prendre de grosses précautions. Elle t'auto-interdit les sentiments."
1994, premier coming out devant ses proches de SOS. "J'étais dans une
relation sentimentale. Je ne pouvais plus le cacher." "Ça se voyait
pas", lui répondait-on. 2001, second coming out… forcé. En campagne
municipale à Noisy-le-Sec. Des membres d'une liste concurrente lui
proposent un deal. De l'argent en contrepartie de leur soutien. Il
refuse. Chantage donc. "Ils m'ont dit qu'ils allaient casser du pédé et
révéler mon homosexualité à la ville et à ma famille." On cisaille les
freins de son scooter. "Il fallait que je le dise à mes parents. Mon
père et ma mère croyaient que je leur annonçais mon mariage…"
Le mariage, ils n'y pensent pas : Nicolas Martin, 35 ans, et Stéphane
Grenier, la trentaine, sont ensemble depuis douze ans. Après des
squats, puis la rue, ils débarquent, en 1997, à La Courneuve, à deux
pas de la cité des 4 000. Pour eux et leurs quatre chiens,
l'appartement c'est le paradis. Mais, au bout de deux semaines, les
"sales pédés !" fusent. "Je me levais à 4 h 30 pour sortir les chiens.
J'étais sûr de ne croiser personne", raconte Stéphane. Du coup, ils ne
montent jamais ensemble dans leur 100 m2 à 200 euros par mois. Nicolas
ne sort plus de chez lui, confiné au salon comme un "ermite" : "Une
fois, j'ai répondu à une insulte, on m'a gazé à la bombe lacrymogène."
En 2000, ils déménagent, de nuit, abandonnant la moitié des meubles.
Nicolas, aujourd'hui comédien, est resté longtemps en dépression.
"Depuis quelques mois, quand je croise des jeunes, je ne change plus de
trottoir. J'ai une haine et, en même temps, je ne peux pas m'empêcher
d'avoir une infinie tendresse pour ces jeunes."

Mustapha Kessous
Article paru dans l'édition du 29.01.06

Una temporada en el infierno. La guerra de las caricaturas de Mahoma se urdió en la Meca

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