Madariaga denunció derivas de ETA

April 3, 2006

Julen Madariaga denunció derivas de ETA y pidió “tregua irreversible”.


Le Monde:

Julen Madariaga, fondateur d'ETA

« J'ai été le premier à dénoncer les dérives »

Article paru dans l'édition du 24.10.98

Qu'en est-il exactement de la trêve de l'ETA ?

C'est une trêve sans condition, qui devrait être irréversible. Et il n'y a pas de raison qu'elle ne le soit pas, car l'accord de Lizarra, conclu en septembre entre les principales forces nationalistes basques et la gauche d'Izquierda Unida, ainsi que des syndicats et des mouvements sociaux, a enfin ouvert la voie, après trente ans de luttes intestines au Pays basque. Pour prendre une comparaison, c'est comme lorsque John Hume a pris contact avec Gerry Adams du Sinn Fein, en Irlande, et qu'ils se sont mis d'accord sur une plate-forme commune minimale qui leur a permis de se tourner, ensemble, vers Londres et John Major. Nous venons de nous mettre d'accord pour nous tourner vers Madrid, et tout est possible.

Comment voyez-vous la réponse de Madrid ?

La table de la négociation est mise, toutes les chaises du côté basque sont occupées, mais, du côté espagnol, elles sont désespérément vides. D'accord ils ont autorisé le tranfert au Pays basque de quatre prisonniers malades, mais ce n'est rien. Soyons sérieux, l'heure n'est plus aux « petits gestes » électoraux, il faut agir. Après tout, qu'est-ce qu'on leur demande et je parle en juriste sinon de rapprocher les détenus basques, dispersés en Espagne, au Pays basque, dans des prisons où leurs familles puissent se rendre sans avoir à faire 500 kilomètres, ce qui est une deuxième condamnation ? C'est la loi, qu'ils assument leurs propres lois, rien d'autre. Pour revenir à l'Irlande, John Major avait très bien commencé, en signant la déclaration de Downing Street en 1991, qui envisageait le droit à l'autodétermination. Ensuite, pour des motifs purement électoraux qui me rappellent l'attitude actuelle des socialistes et du Parti populaire, il s'était enlisé et l'IRA avait mis un terme à la trêve. Il y a toujours un risque que cela se passe ici, mais ETA saura attendre. Personnellement, si après les élections persiste cet immobilisme atroce, je préconise que, de façon pacifique, nous nous tournions vers Bruxelles ou La Haye, en ignorant Madrid.

Que voulez-vous pour le Pays basque ?

J'ai toujours été pour un Pays basque indépendant, au sein de l'unité européenne. Pour cela, je pense que nous devons nous déterminer entre Basques, sans intervention de Madrid ou même de Paris. Et ce tout en sachant que, si l'on faisait un référendum aujourd'hui, on le perdrait à coup sûr. L'important, c'est d'obtenir le droit à l'autodétermination, qui est un droit imprescriptible, comme au Québec. Et puis on verra, l'idée de « nation basque », politique, culturelle ou géographique, doit se faire sans heurt, sans coup de force, cela prendra quinze ou vingt ans, mais cela viendra, le jour où la majorité le voudra. Et puis s'il faut pour cela changer la Constitution espagnole, les démocrates espagnols, je crois, finiront par être d'accord. Maintenant, attention à l'électoralisme bon marché : j'ai été choqué en voyant le président catalan, Jordi Pujol, déclarer un jour que l'Espagne n'est pas une nation et accourir le lendemain à la fête de l'Hispanidad, symbole même de l'Espagne ! Il faut être cohérent pour ne pas galvauder ses idées. Nous, nous le sommes.

Pour en arriver là après tant de morts, vous ne regrettez pas d'avoir créé l'ETA ?

L'ETA est née, sous la dictature, pour être au service du peuple basque, pas contre lui. Et, chaque fois qu'il y a eu une dérive, j'ai été le premier à la dénoncer ouvertement. Si vous me passez la comparaison, c'est comme lorsqu'un père se rend compte que son fils agit mal, il le rappelle à l'ordre. Or des erreurs il y en a eu. Et beaucoup. Par exemple, j'ai toujours été contre les voitures piégées, et quand il y a eu ce terrible attentat à Hypercor, en juin 1987 à Barcelone (21 morts et 30 blessés), j'ai été un des très rares de mon « milieu » à les critiquer durement, je l'ai même dit au chef du commando, « Santipotros », que j'ai rencontré dans la cour de la prison de Fresnes, en France, quand je purgeais ma dernière peine de prison. Et cela m'a valu de me faire traiter de tout par les « miens ». Ce qui s'est passé, ces dernières années, c'est qu'en raison de la très forte répression tant française qu'espagnole les dirigeants de l'ETA ont renforcé leurs mesures de sécurité. Ils se sont cachés, à Milan, Toulouse, Bruxelles et ailleurs, et se sont de moins en moins réunis. Ils avaient perdu tout contact avec l'évolution de la société basque. Avant, on prenait le « pouls » de cette société pour accorder nos actions, là c'était fini. » Le grand tournant, si l'on veut, a été l'enlèvement et l'exécution de Miguel Angel Blanco, en juillet 1997. Ils n'auraient jamais du faire une chose pareille, mais bon, ils l'ont fait. Et quand ils ont vu l'immense réaction, pas à Madrid où c'est manipulé, mais ici, chez eux, au Pays basque, et l'avalanche de critiques, ils ont été ahuris, sonnés. Je le sais avec certitude. Certains m'ont même dit : “Julen tu avais raison, au lieu de servir la cause basque, nous lui portons tort.“ C'est vrai : à chaque conseiller municipal qu'ils ont tué, ils ont donné des voix au Parti populaire et au PSOE, les « partis espagnolistes » qui sont montés en flèche. Alors, ils ont commencé à se remettre en question.

Cette prise de conscience tardive n'aurait pas plutôt été imposée par les revers subis ?

Vous n'allez pas le croire mais, en dépit des revers, jamais il n'y a eu autant de jeunes prêts à s'engager dans la lutte. Non, ils ont réfléchi. Il ne faut pas sous-estimer la direction actuelle, elle est plus « mûre » que celle qui a décidé de rompre les négociations de paix d'Alger, au temps des socialistes. Ils ont réfléchi, et c'est alors qu'est intervenue la déclaration de Lizarra. Et je dois dire que je me sens enfin à nouveau en accord avec l'esprit de « ma créature » : lutter pour le peuple basque, oui… mais, bon Dieu, en écoutant sa volonté ! »

PROPOS RECUEILLIS PAR

MARIE-CLAUDE DECAMPS

 

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