Madariaga y otros pidieron tregua y alto el fuego de ETA

April 3, 2006

Julen Madariaga ya pidió tregua o alto el fuego de ETA.

Contado por Le Monde

 

Plusieurs séparatistes basques détenus en Espagne critiquent les pratiques de l'ETA

Article paru dans l'édition du 05.08.97

Un des fondateurs du mouvement lance un appel à la trêve

Après l'assassinat, le 19 juillet, par l'ETA du conseiller municipal Miguel Angel Blanco, dix militants séparatistes incarcérés en Espagne ont pris leurs distances avec l'organisation basque armée. Un des fondateurs de l'ETA appelle à un cessez-le-feu. La branche politique du mouvement, Herri Batasuna, tente de discréditer ces « repentis à l'italienne » qui veulent obtenir de meilleures conditions de détention.

L'émotion est retombée en Espagne un peu plus de deux semaines après l'assassinat du conseiller municipal d'Ermua Miguel Angel Blanco, abattu par l'ETA (organisation séparatiste basque). A la suite de ce drame, des millions d'Espagnols avaient manifesté contre le terrorisme. Avec les départs en vacances, le mouvement d'indignation général qui s'était emparé du pays a quitté la rue pour gagner des prisons où sont détenus des militants de l'ETA. Fait sans précédent, dix d'entre eux ont déjà renié ou critiqué leur organisation.

Dernier en date, Gomez Ces, trente-cinq ans, condamné en 1987 à soixante et un ans de prison pour avoir participé à un attentat contre des policiers, n'a pas hésité, samedi 2 août, dans le centre de détention de Soto del Real, à montrer son visage devant les caméras pour lire un communiqué. « L'extrémisme, a-t-il déclaré, est une voie sans issue qui échouera car il ne tient pas compte de la réalité. » « Dans le Pays basque de 1997, où les revendications peuvent se faire jour à travers les institutions démocratiques, la violence n'a pas de sens. » Et Gomez Ces de conclure en demandant, d'une part, à l'ETA de « rendre les armes et de proclamer un cessez-le-feu unilatéral sans condition » et, d'autre part, à la direction de Herri Batasuna (H. B.), la vitrine politique de l'ETA, de « démissionner en bloc ».

Le premier à s'élever contre l'ETA avait été Joxean Carrasco Alba, qui avait entrepris une grève de la faim à la prison de Cordoue, en juillet, pour protester contre l'assassinat de Miguel Angel Blanco et mettre en cause H. B. Trois autres détenus célèbres, incarcérés à la prison de Nanclarès de Oca (Luis Gorriti Pagola, condamné à trente-huit ans de prison ; Sabino Alava, un ancien du commando Nafarroa, condamné à deux cents ans de prison ; Juan Manuel Soares Gamboa, l'ex-pistolero repenti du commando Madrid, condamné, lui, à cent dix-sept ans de prison, pour de multiples assassinats), allaient suivre cet exemple en publiant un long communiqué, le 18 juillet. « Si, après toute cette clameur populaire, l'ETA ne tient pas compte des demandes du peuple, personnellement, je vais haïr jusqu'à ma mort ce que j'ai été avant », écrivait Sabino Alava. Luis Gorriti Pagola ajoutait que « l'ETA a perdu le nord, sa lutte armée n'a plus de sens ». Juan Manuel Soares Gamboa, qui a également écrit un livre, Agur ETA, devenu un best-seller en quelques semaines sur son passé d'etarra, concluait : « Chaque vote pour Herri Batasuna est une balle offerte à l'ETA (…). Celui qui sera le dernier à quitter l'ETA sera un imbécile. »

Le nombre de prisonniers de l'ETA ayant pris de telles positions est faible, comparé aux 600 membres de l'organisation actuellement derrière les barreaux. Mais la portée de leurs déclarations est loin d'être négligeable, compte tenu notamment des pressions auxquelles ces détenus sont soumis de la part de leur mouvement. Une pression qu'un autre etarra emprisonné et qui, lui aussi, a pris ses distances, José Miguel Latasa Guetaria, dit « Fermin », n'a pas hésité à dénoncer. « FAIRE TAIRE LES ARMES »

Embarrassés, les milieux proches de H. B. ont cherché à discréditer ces détenus, que l'on traite de « repentis à l'italienne » qui « veulent négocier leurs conditions de détention ». Mais l'argument ne porte pas. L'assassinat de Miguel Angel Blanco a marqué un tournant dans le réveil des consciences contre le terrorisme. Ainsi, Patxi Zabaleta, député de Navarre de H. B., un des très rares hommes politiques de son parti à avoir publiquement condamné l'assassinat du conseiller municipal Blanco, a estimé, dimanche, « qu'existent des conditions très positives pour que l'ETA décrète une trêve ».

C'est aussi l'avis de l'un des anciens fondateurs de l'ETA, Julen Madariaga, qui, s'il a pris quelque distance avec la façon dont a évolué son organisation, ne renie aucun des buts fondamentaux qui ont présidé à sa création. Dans une conversation récente au téléphone, M. Madariaga s'est montré très critique vis-à-vis de l'ETA. L'organisation séparatiste, qui vient tout juste de reconnaître que « la société basque est pluraliste (…), a perdu le contact avec la population qu'elle est censée représenter », a-t-il déploré. « Laminée par les arrestations opérées par la police, l'organisation n'a sans doute plus à sa tête les capacités “intellectuelles“ nécessaires pour mener une vraie lutte de libération nationale », a-t-il ajouté. Julen Madariaga, qui a également condamné l'assassinat du conseiller municipal, nous a confié que « l'ETA ne peut pas ne pas tenir compte des récents bouleversements géopolitiques de ces dernières années », qui ont vu « la chute du mur de Berlin, la fin des guérillas en Amérique latine ou la nouvelle construction européenne, qui peut être une chance pour la résolution du problème basque ». Et M. Madariagua de « demander publiquement à l'ETA de faire taire les armes et de quitter le devant de la scène », en proclamant unilatéralement une trêve reconductible d'un mois au moins. Selon lui, une telle initiative permettrait, « s'il y a une volonté en ce sens de l'autre côté les autorités de Madrid, d'échanger messages et signaux de paix ».

MARIE-CLAUDE DECAMPS

 

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