“Guerra civil” fría entre negros y judíos franceses

April 24, 2006

Le Monde  publica un informe muy significativo sobre los “malentendidos” entre negros y judíos franceses (www.lemonde.fr., Juifs-Noirs, le grand malentendu). “Malentendidos” que algo tienen de “guerra civil” (fría).

Este es el informe de Le Monde:

 

Juifs-Noirs, le grand malentendu

LE MONDE | 21.04.06 | 17h18  •  Mis à jour le 21.04.06 | 18h02

Durant l'été 1995, square du Châtelet, Edouard Nduwa assiste à une réunion de la Nation de l'islam. Ce mouvement afro-américain, dirigé par un chef charismatique et antisémite, Louis Farrakhan, était la même année capable de réunir un million d'hommes à Washington. A Paris, devant une vingtaine de personnes tout au plus, le représentant français se lance pendant trois heures dans une interminable diatribe. "Il expliquait que l'ennemi numéro un des Noirs, c'était les juifs, enchaînait les préjugés antisémites sur leur réussite sociale, parlait de la traite des esclaves organisée par les juifs, jouait de la concurrence des mémoires avec la Shoah, citait les noms de personnalités juives des médias", se souvient le témoin.

Mais le maigre auditoire ne mord pas. "Les résistances étaient fortes. Les Noirs présents embarrassaient l'orateur par leurs questions, contestaient ses théories, se moquaient." Edouard repart rassuré : lui, le converti au judaïsme, devenu Guershon Nduwa, n'aurait jamais à craindre l'antisémitisme de ses frères de couleur en France. Né au Congo en 1964, de parents animistes, Nduwa avait obtenu en 1988 une bourse pour suivre des études en Israël. Il y a découvert le judaïsme. En 1993, il a débarqué en France, avec Edouard sur son passeport et Guershon dans son coeur. "Personne alors ne m'a fait de remarque sur ma religion", assure-t-il. A l'époque, Elie et Dieudonné ne faisaient-ils par rire dans des sketches où "M. Cohen" et "M. Bokassa" échangent les insultes racistes ?

Mais, peu à peu, Guershon Nduwa a vu "monter la frustration des Noirs. Des gens ont su jouer de leur situation économique catastrophique, explique cet éducateur spécialisé qui s'occupe de handicapés mentaux. Ils ont été de plus en plus nombreux à acquiescer à l'idéologie importée de Farrakhan. Il fallait un coupable à leurs maux : le juif était le parfait bouc émissaire."

En une décennie, les thèmes qui faisaient s'esclaffer square du Châtelet sont devenus prégnants dans la communauté noire. Des militants de la cause africaine ou antillaise ont développé un discours trouble, habillé d'antisionisme. "C'est allé crescendo jusqu'à ce qu'ils trouvent une personnalité médiatique qui leur ouvre les bras et leur confère une audience inespérée : Dieudonné."

"L'antisémitisme demeure minoritaire chez les Noirs", estime cependant Guershon Nduwa. Le phénomène est difficile à mesurer. La police ou la gendarmerie, tout comme la Commission nationale consultative des droits de l'homme (CNCDH), qui établit chaque année un rapport sur le sujet, n'ont pas, de par la loi républicaine, de typologie spécifique pour les Noirs, comme victimes ou comme auteurs d'actes racistes. Le débat sur le caractère antisémite du meurtre d'Ilan Halimi reflète la difficulté à appréhender cette récente poussée.

Sammy Ghozlan, président du Bureau national de vigilance contre l'antisémitisme, tente au cas par cas de démêler l'écheveau des motivations. Cet ancien commissaire se souvient de ce jeune qui avait été passé à tabac par une bande, en banlieue parisienne. "Après l'avoir roué de coups, les agresseurs ont vu l'étoile de David qu'il portait autour du cou. Ils se sont alors écriés : "Et en plus, c'est un juif !""

Acte antisémite ou simple crapulerie ? La frontière est ténue. "Certains font de l'antijuif comme M. Jourdain faisait de la prose. Ils assimilent des clichés", assure-t-il.

Cet observateur engagé estime l'antisémitisme noir "extrêmement minoritaire mais extrêmement violent". Il constate avec inquiétude que les agressions, quasi inexistantes il y a encore deux ans, ne cessent d'augmenter. Elles sont, selon Sammy Ghozlan, surtout le fait de "Noirs de confession musulmane". Insultes ou attaques physiques, ces dernières semaines seulement, des incidents ont été recensés à Sarcelles, Villiers-le-Bel, Garges-lès-Gonesse, Ivry, Clichy-sous-Bois, Lyon ou Villeurbanne. Le 18 mars, dans le 19e arrondissement de Paris, quatre jeunes apostrophent deux jeunes juifs d'un "Salut youpin !" puis les passent à tabac. "Quelque chose tourne vraiment mal entre les juifs et les Noirs", constate Abdoulaye Barro, 41 ans. Né au Burkina Faso, l'homme n'a longtemps connu du monde juif que la figure tutélaire de Mme Cohen, une coopérante qui enseignait au prytanée d'Ouagadougou. L'étudiant " de culture musulmane libérale" est venu en 1981 achever son cursus à l'université de Poitiers. Il trouve des "affinités électives" entre certains textes juifs et la culture africaine.

Abdoulaye Barro participe en 1994 à la création de l'association JUAF (Juifs et Africains). On y parle alors "d'amitié naturelle" entre deux mondes qui ont une connaissance commune de la souffrance et du racisme. Nullement d'antagonisme : pourquoi y en aurait-il ?

Le climat est alors, selon l'initiateur, à une "indifférence sympathique" entre les deux communautés. Prévaut encore dans l'intelligentsia noire la formule de Frantz Fanon, un des "Nègres fondamentaux" avec Senghor et Césaire : "Quand un Noir entend dire du mal d'un juif, il doit ouvrir les oreilles car c'est de lui qu'on parle."

Mais Abdoulaye Barro se souvient de ce jour de 1996 où il a rencontré le rabbin Gilles Bernheim. "Moi, je revenais d'un séjour au Sénégal. Farrakhan y avait effectué une visite qui avait été un échec. Son extrémisme n'avait pas été compris car il était contraire à la culture africaine, qui ramène tout au centre. J'étais plutôt optimiste. Gilles Bernheim, lui, revenait de Sarcelles. Il y avait découvert les tensions qui montaient entre Noirs et juifs dans les collèges de la ville. Il était inquiet."

Les prémonitions se sont confirmées. "Les banlieues où les jeunes Noirs sont victimes de discriminations ont été un terreau favorable aux discours venus des Etats-Unis. Avec la seconde Intifada, en 2000, les descendants de colonisés africains se sont identifiés aux Palestiniens, poursuit Abdoulaye Barro. Les juifs se sont battus pour avoir une place dans la société française. Par glissement, ils sont devenus ceux qui empêchent les Noirs d'obtenir la leur. Du modèle, on est passé à la convoitise, puis au ressentiment, et finalement à la haine."

Cheikh Doukouré estime également qu'"on ne peut dissocier l'antisémitisme du problème des banlieues". Né en Guinée, dans ce qui était alors une colonie française, le réalisateur, âgé de 60 ans, milite de longue date pour la cause noire à travers ses films (Blanc d'ébène, Ballon d'or). Ce combat lui vaut un crédit dans les milieux africains.

Lorsque Dieudonné s'est exprimé après lui sur l'esclavage ou la discrimination, Cheikh Doukouré a d'abord applaudi. "Il disait des vérités sur la condition des Noirs, voulait faire bouger la société française. Mais il n'a pas su arrêter là son combat et a laissé libre cours à son besoin de provocation", regrette-t-il.

"Les jeunes laissés-pour-compte identifient le juif au capital, poursuit le réalisateur. Ils ne stigmatisent pas le juif en tant que juif mais en tant que réussite sociale. Leur discours raciste tient d'abord à leur manque de culture." Une lente dérive pour en arriver à ce "communiqué" envoyé par un extrémiste noir à la communauté juive après la mort d'Ilan Halimi : "S'il vous prenait l'envie d'effleurer ne serait-ce qu'un seul des cheveux du frère (Youssouf Fofana), nous nous occuperons avec soin des papillotes de vos rabbins."

Internet est devenu le vecteur essentiel de ce discours haineux. Des forums africains ou antillais relayent, parfois contre leur gré, des propos nauséeux. On y trouve des attaques contre le "lobby qui n'existe pas", lire le lobby juif. Morceaux choisis : "Les juifs n'arrêtent pas de manipuler le monde", "ils sont fourbes", etc. Des textes douteux circulent, comme cette liste de journalistes supposés sionistes ou cette analyse sur le rôle "prépondérant" des juifs dans la traite négrière.

Cette montée de la détestation, Diana Pinto lui trouve "un air de déjà-vu". Italo-franco-américaine, cette historienne a passé une partie de sa vie aux Etats-Unis, étudié notamment à Harvard avant de s'installer à Paris. Au début des années 1960, sa mère, Laura, enseignait à l'université noire de Morehouse (Géorgie).

Avec d'autres intellectuels juifs, elle a participé au combat pour les droits civiques de Martin Luther King. "Les Noirs luttaient pour l'égalité des chances et ce combat rejoignait l'universalisme des juifs de gauche", explique aujourd'hui sa fille.

Puis la communauté noire américaine s'est radicalisée avec le Black Power, la "Nation of Islam" ou l'afrocentrisme d'un Leonard Jeffries. Diana Pinto côtoiera des étudiants noirs qui refuseront d'accueillir un Blanc à leur table. "La main blanche la plus facile à mordre était finalement la main juive puisque c'était une de celles qui étaient tendues", explique Diana Pinto.

La guerre de six jours, en 1967, a ouvert une brèche entre juifs et Noirs convertis à la foi musulmane. La concurrence entre Shoah et esclavage a pris comme amadou.

L'historienne se souvient également du revirement boudeur d'une partie des intellectuels juifs aux Etats-Unis. Comme Norman Podhoretz, héraut de la gauche américaine et soutien de Martin Luther King, devenu un des pères du néoconservatisme. Ce courant de pensée a alors noué des alliances idéologiques avec les forces réactionnaires de l'Amérique blanche.

Diana Pinto, qui a raconté cette expérience dans son livre Entre deux mondes (édition Odile Jacob), constate un semblable virage en France, "même s'il serait faux de mettre un calque". Elle voit monter "un courant pessimiste de la France au nom de la République", représentée notamment par un de ses hussards, le philosophe Alain Finkielkraut.

Une partie de l'électorat s'est ainsi droitisée. Lors d'une cérémonie en hommage à Ilan Halimi, Philippe de Villiers a été applaudi à la synagogue de la Victoire, le 23 février, à Paris : son discours anti-islamiste séduit.

Une véritable défiance vis-à-vis des Noirs est également apparue. Tel responsable du Conseil représentatif des associations noires (CRAN), créé en novembre 2005, se souvient d'une rencontre avec des responsables juifs. "Ah bon ! Vous, les Noirs, n'êtes pas tous antisémites ?", lui avait-on signifié, sans savoir à quel degré se plaçait la remarque. Sur un site juif, n'évoque-t-on pas les "sauvages enragés" ?

Les propos sur les Africains pleurnichards ou les Antillais "assistés" d'Alain Finkielkraut ont créé des rancoeurs. "Dieudo est prétendument antisémite, tandis que Finkielkraut ne fait qu'exprimer sa liberté d'expression", ironise un intervenant sur la Toile. Cette impression de "deux poids-deux mesures" revient comme une litanie. Elle est ressentie par nombre de Noirs, bien au-delà des cercles qui adhèrent aux thèses conspirationnistes. Le faible écho donné à l'agression de l'humoriste en Martinique, en 2005, ou à l'attaque de son théâtre par des nervis, le 19 février, alimente le même grief et entretient l'image du martyr.

A Media Tropical, une onde antillaise, les libres antennes deviennent des exutoires à la colère. "Les auditeurs ont un sentiment d'injustice, explique Daniel Valminos, 56 ans, président de la radio. Quand on parle d'un serial killer, on pense à Guy Georges, pas à Emile Louis ou Michel Fourniret. Dans les médias, on parle des motivations racistes de Fofana, mais on ne parle pas des discriminations dont sont victimes les Noirs tous les jours. A Sarcelles, les Noirs représentent 30 % de la population mais n'ont qu'un seul élu au conseil municipal."

"Chaque fois qu'on essaye de faire valoir notre souffrance, on nous accuse de vouloir établir une concurrence", poursuit Daniel Valminos. L'homme se souvient de la marche organisée le 23 mai 1998, à Paris, où 40 000 Afro-Antillais avaient défilé "en habits du dimanche" entre République et Nation pour que la France se souvienne de l'esclavage. L'action eut peu d'échos. L'adoption par l'Assemblée nationale, en 2001, d'une loi faisant de la traite un crime contre l'humanité, n'en eut guère non plus.

Beaucoup moins en tout cas que les impertinences de Dieudonné. "Les médias font monter chacun de ses propos et lui donnent une audience. Dans le même temps, ils ignorent de grandes voix comme Edouard Glissant qui ont un discours construit", regrette le président de Media Tropical. Daniel Valminos estime que la solution passe par "une meilleure visibilité des couleurs de la France".

"Les Noirs montent dans la société. Les Américains ont su prendre à bras-le-corps ce problème. On est en droit d'exiger ça de la République", assure Diana Pinto. Pour Cheikh Doukouré aussi, "dès que les Noirs trouveront leur place dans la société, la tension tombera d'elle-même".

 

Benoît Hopquin

Article paru dans l'édition du 22.04.06

One Response to ““Guerra civil” fría entre negros y judíos franceses”


  1. […] Los asesinos del Sinaí deseaban matar judíos. Y su guerra santa no tiene fronteras geográficas conocidas: se trata de una guerra de religión, sectaria, que también ha tenido y tendrá por escenario las grandes metrópolis europeas, donde la diversidad de lenguas, culturas y religiones prolonga conflictos religiosos, étnicos y culturales que solo pueden comprenderse a través de las “herramientas” de la cultura y la religión. Las rudimentarias nociones de “izquierda” o “derecha” son sencillamente inservibles para intentar entender los feroces enfrentamientos entre negros y judíos franceses, cuyos “malentendidos” tienen algo de “guerra civil” (fría), extendiendo a los suburbios parisinos los conflictos étnicos, religiosos y culturales de Oriente Medio. [Europa, el Islam y las guerras civiles por venir, 5] [ .. ] Európolis. Nubarrones y tormentas […]


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