Ibarretxe: “ETA no está habilitada a hablar de política”

May 30, 2006

Sud Ouest presenta con un rotundo “ETA no está habilitada a hablar de política” una entrevista con Juan José Ibarretxe, cuyas respuestas están muy matizadas, en dirección de la opinión pública y el gobierno francés.

¿Existe una nación vasca? “No nos perdamos en debates lingüísticos. El pueblo vasco existe desde..” El proceso gobierno español / ETA debe seguir “su camino”. ¿Debe intervenir Francia? Eso espero. ¿Montenegro? ¿Libre asociación con España? Etc.

 

Esta es la entrevista de Sud Ouest (30.05.06):

Lors de la trêve de 1998-1999, vous disiez qu'elle était irréversible, pourtant ce ne fut pas le cas. Vous le répétez aujourd'hui…

–Tout à fait ! J'ai la conviction que le processus actuel est sans retour, car c'est la société basque elle-même qui nous a amenés jusqu'au cessez-le-feu permanent. En dépit de la volonté de certains, c'est elle qui le rendra irréversible et qui nous amènera à nouer des accords politiques nous permettant de vivre en paix et de cohabiter « aimablement » avec l'Espagne. La rupture de la trêve de 98-99 fut une erreur gravissime, l'une des plus grandes commises par ETA qui en compte beaucoup à son actif, à commencer par ses assassinats. Nous sommes favorables à l'ouverture de la phase de dialogue entre le gouvernement espagnol et ETA. De ce fait, nous vivons un moment d'espérance qui doit favoriser la réalisation de projets politiques, économiques et, surtout, de vie. Nous devons saisir cette opportunité.

Les partis s'accordent à dire qu'il ne faut pas mélanger la paix et les questions politiques de fond. Quel rôle revient à chacun ?

–Le processus de négociations entre le gouvernement espagnol et ETA doit suivre son propre chemin. Le processus politique, lui, revient exclusivement aux partis. En dernier ressort, néanmoins, ce sera à la société basque de décider. Je me souviens d'avoir, en 2001, été le premier à dire (on m'avait beaucoup critiqué à l'époque) qu'il fallait séparer la paix et la politique, lesquelles ont connu des traitements différents dans l'Histoire. Aujourd'hui, heureusement, tout le monde l'admet. Le conflit politique basque, en fait, puise ses racines au XIXe siècle, à l'abolition des fueros (1) en 1839 et 1876. Le différend politique de fond existait cent ans avant que n'apparaisse la violence malheureuse et inhumaine d'ETA.

Quel est votre rôle aujourd'hui ?

–Ma tâche consiste à faciliter, dans la discrétion, la mise en route d'un dialogue multipartite, doté de véritables garanties. Car les partis ne se verront pas pour prendre le café ensemble encore que ce soit une bonne chose , mais bien pour trouver des solutions ! Au-delà, il leur reviendra de définir le rôle que le président basque pourra tenir dans ces discussions. Aujourd'hui, le pire serait que nous donnions l'impression d'être engagés dans une course au vedettariat.

Quel doit être le rôle du gouvernement français ?

–Chacun à son niveau devra intervenir. Le gouvernement français aussi, qui, j'imagine, prendra ses responsabilités lorsqu'il s'agira de prendre des initiatives. Ce n'est pas pour rien que des membres d'ETA sont incarcérés en France, et qu'à l'évidence une partie du Pays basque est située en territoire français. Je suis convaincu que la France jouera un rôle actif pour consolider le processus.

Le cessez-le-feu d'ETA a-t-il changé votre vie ?

–Oui, bien sûr. La mienne comme celle de la société basque. Vous savez, quand le téléphone sonne à 3 ou 4 heures du matin et que vous vous demandez si l'on va vous parler d'une bombe, d'un attentat, d'un assassinat, c'est terrible. La société a réagi avec sérénité, nous traversons un moment de joie sereine et d'espérance. Je le lis dans les yeux des personnes.

Que vous apporterait la paix au plan économique ?

–Il faut voir que depuis 1986, nous avons réalisé énormément d'efforts. A l'époque, notre revenu moyen représentait 86 % du revenu moyen européen, aujourd'hui il est à 121 %. En 2000, sous le règne de la violence d'ETA, nous étions au dixième rang européen en termes de revenu par habitant; nous sommes passés au cinquième rang. Nous avons un taux de croissance de 3,7 % et une économie basée sur l'exportation. Si, dans ce contexte, nous construisons la paix, beaucoup d'opportunités nouvelles s'offriront à nous.

Vous avez l'habitude de parler du « droit de décider » des Basques et non du droit à l'autodétermination. Ces deux concepts sont-ils identiques ?

–D'aucuns ont voulu, de façon intéressée, faire croire à la société qu'autodétermination est synonyme d'indépendance, ce qui est une énormité du point de vue juridique et politique. D'un point de vue démocratique et politique, il me semble très judicieux de parler du droit de décider dont dispose le peuple basque, l'un des plus vieux d'Europe.

L'exemple du référendum du Monténégro est-il transposable au Pays basque ?

–Je ne suis pas partisan de l'application de recettes élaborées de par le monde. On a vu les mauvais résultats que cela a pu donner dans le domaine de l'économie. Il ne faut pas établir de comparaisons, la voie qu'empruntera le peuple basque sera la sienne. Quant à dire que le droit des peuples à décider de leur avenir ne s'applique pas en Europe ou qu'il est seulement applicable aux anciennes colonies (2), c'est autre chose. Il a été appliqué, qui plus est pour résoudre des problèmes politiques, dans le cas de la réunification allemande, de l'émergence de la Lettonie, de la Croatie, de l'Estonie… Je ne comprends pas pourquoi le fait d'évoquer le droit à décider du peuple basque est un tel drame. On veut également faire croire qu'il est d'essence abertzale (3), moi je dis que ce projet est foncièrement démocratique. Mon gouvernement est constitué de deux partis abertzale et d'un parti espagnol, Izquierda Unida (communistes-Verts) qui lui aussi défend ce concept.

Le plan Ibarretxe (projet de « libre association » d'Euskadi avec l'Espagne) est-il mort ?

–Cette proposition (baptisée ainsi par la presse espagnole) fut rejetée à Madrid sans la moindre négociation. Ce n'était pas celle du président du gouvernement basque mais celle du Parlement basque qui l'avait adoptée à la majorité absolue. Je pose la question : une décision du Parlement basque peut-elle être imposée à Madrid, et vice versa ? La réponse est non. Alors comment faire ? En négociant !

Dans une interview récente, ETA dit que l'accord final devra être le fruit d'un consensus autour de l'autodétermination et de la territorialité, cette dernière impliquant la Navarre et le Pays basque français. Qu'en pensez-vous ?

–D'abord que seuls les partis ont vocation à négocier. L'accord final sera ce qu'il sera mais je suis convaincu qu'il reposera sur la reconnaissance du droit de décider et l'établissement de pactes en vue de son application. A propos de la « territorialité », je dirais qu'à mes yeux la réalité du peuple basque ne fait aucun doute en dépit de l'existence de trois entités politiques différentes que nous devons respecter, Euskadi, Navarre et Pays basque français. Mais il nous faut tenir compte de ce que nous sommes et de notre façon de vivre aujourd'hui. La Communauté autonome de Navarre et le Pays basque français choisiront eux-mêmes les relations qu'ils veulent entretenir avec les autres.

Qu'est-ce qui vous fait dire qu'il existe une nation basque ?

–Je ne voudrais pas me perdre dans les concepts car je préfère accorder plus d'importance au fond qu'aux batailles de vocabulaire. Je préfère parler du peuple basque qui continuera d'exister dans deux mille ans, dans un cadre politique dont j'ignore tout, comme j'ignore ce que seront devenus les Etats français et espagnol.

Quelles sont vos relations avec le président Zapatero ?

–Nous entretenons des relations « civilisées » que nous avions perdues avec José Maria Aznar, basées sur un respect mutuel maximum. Le peuple basque ne pourra jamais rien construire contre l'Espagne, contre la France ou contre l'Europe. Je ne crois pas aux projets bâtis contre quelque chose ou quelqu'un…
[ .. ]

Ibarretxe visto por Sud-Ouest:

 

Un travailleur acharné et tenace jusqu'à l'obstination

 

Le chef du gouvernement espagnol, José Luis Rodriguez Zapatero, a expliqué hier que la dissolution d'ETA et la réinsertion de ses membres seront au menu des discussions qu'il compte ouvrir très prochainement (peut-être dès juin) avec l'organisation. Voici trois ans, jour pour jour, qu'ETA n'a pas tué, et deux mois que son « cessez-le-feu permanent » est entré en vigueur. En dépit des difficultés qui ont surgi ces dernières semaines, le président basque Juan José Ibarretxe (49 ans) veut rester serein. Il dirige depuis janvier 1999 la Communauté autonome d'Euskadi, constituée en territoire espagnol par trois des sept provinces basques (Alava, Biscaye et Guipuzcoa).
Membre du Parti nationaliste basque (EAJ-PNV, démocrate chrétien), originaire de Llodio (Alava), économiste de formation, il a la réputation d'être un travailleur acharné doté d'une ténacité peu commune qui, pour certains de ses adversaires, peut virer à l'obstination.
Il se rendra prochainement à Washington, pour une conférence à l'United States Institute of Peace, créé par le Congrès, organisme dédié à l'étude et à la résolution de conflits violents internationaux. Colin Powell, ex-secrétaire d'Etat américain, a déclaré ces jours-ci que le processus « prendra du temps » mais que « les premiers indices sont encourageants ».

2 Responses to “Ibarretxe: “ETA no está habilitada a hablar de política””


  1. […] …en la que busco sin encontrar esa frase exacta, “traducción” francesa de las “matizaciones” que Ibarretxe avanza con una cautela a geometría variable. “¿Existe la nación vasca?” “No quiero perderme en batallas de vocabulario. Prefiero hablar del pueblo vasco”. “¿Autodeterminación de Euskadi?”: “Algunos han querido equiparar interesadamente autodeterminación e independencia” (..) “Me parece sensato hablar de derecho a decidir del pueblo vasco” (..) “El pueblo vasco no podrá jamás construir nada contra España, Francia o Europa”. Etc. […]


  2. […] Európolis. Ibarretxe: “ETA no está habilitada a hablar de política”. [ .. ] Averiado el Estado (policial o providencia), Gran Hermano prefiere utilizar una bitácora como instrumento de vigilancia y comunicación con los archipiélagos de hombres más o menos libres perdidos en la selva urbana, en Los Ángeles. […]


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